Autour d’un verre de vipérine

Marie, orpheline brionnaise élevée par son grand-père, sait depuis quelques jours que son destin est lié au château de Semur et à la vie du poète Lamartine.
Ce soir-là, après dîner, Grand-Père s’est dirigé vers l’armoire charollaise de tante Clarisse où nous avons pour habitude de ranger les alcools que nous faisons nous-mêmes, comme le vin de noix ou le vin de pêches.
Quand il a sorti l’antique bouteille de vipérine, j’ai su qu’il allait me faire des révélations. Quand il m’en a servi un verre, je me suis dit que le pire était à venir. J’ai eu le courage de regarder la bouteille dans laquelle la vipère, projetée vivante, avait craché son venin.
Puis j’ai eu celui de boire. L’alcool de vipère, c’est très froid ; ça vous glace tout le corps, dès que ça vous pénètre dans l’estomac. Le goût de cet alcool est étrange, c’est celui des marais et des herbes sauvages.
Grand-Père en a bu une rasade et il a commencé à parler : [...] J’étais effarée. Grand-Père m’a expliqué qu’ils avaient des formules et des astuces pour accomplir de tels actes magiques. Mais il a ajouté : - Pour autant, ma tante Blanche, dont on disait qu’elle aussi avait « le don », prétendait que ces gens ne faisaient du mal qu’aux méchants, aux malfaisants et qu’ils protégeaient les êtres bons. Puis il a bu une nouvelle rasade de vipérine. Du coup de la secousse, moi aussi.
Avoir peur pour avoir peur, autant avoir froid du même coup. J’étais un peu ivre, mais j’ai tout de même posé la question qui me venait à l’esprit : - Quel rapport y a-t-il entre le château, Lamartine, mes parents que je n’ai jamais connus et la vieille femme qui avait « le don » ?