Chronique pour Le Bien public et le Journal de Saône-et-Loire, été 2018

 

Quels sont tous les mystères du cœur de Vauban ?

 

Si on connait bien les réalisations de Sébastien Le Preste de Vauban, en revanche, on connaît très mal sa vie et surtout sa vie sentimentale.

Un cœur à prendre ?

Jeanne d’Osnay, la fille du baron d’Epiry,  demeure dans le manoir de son père, une tour des plus inconfortables. Elle se compose de quatre pièces auxquelles on accède par un escalier à balustrade en chêne et d’une vaste cheminée. En 1660, Jeanne d’Osnay épouse Sébastien Le Preste de Vauban. Elle va s’installer au château de Bazoches avec ses cousins et ses neveux. Sans doute quitte-t-elle sans regret l’inconfort spartiate de la tour paternelle.

Cœur brisé ?

Madame Vauban en son château est-elle donc devenue une femme heureuse ? Il est permis d’en douter car Vauban voyage. Il est toujours par monts et par vaux, à parcourir en tous sens les chemins du royaume. Réside-t-il à Versailles ? C’est sans Jeanne,  qu’il laisse à Bazoches. En effet, pour des raisons que l’on ignore,  l’oublieux époux ne présentera jamais Jeanne à ses majestés. Au demeurant, il fréquenta  peu sa femme. Il ne voyait que fort rarement. C’était quand il venait sur ses terres, au hasard de ses pérégrinations et qu’il s’attardait quelques jours en son domaine, histoire de se reposer des fatigues du voyage.

Cœur d’artichaut

Il semble bien que si Sébastien avait donné son nom à Jeanne,  il ne lui avait pas donné son cœur. Il semble tout aussi évident qu’il l’avait,  sinon donné, du moins prêté à de nombreuses autres femmes. Des femmes rencontrées au cours de ses multiples périples. Comment pouvons-nous  être aussi affirmatifs sur cet aspect de sa vie privée ? C’est tout simplement parce que Vauban avait demandé que l’on détruise un codicille de son testament… Or, sa volonté ne fut pas respectée. Et grâce à cet acte qui ne fut pas accompli, nous disposons d’une liste des plus étonnantes : celle qui consigne les noms des femmes qu’il aima, et dont on peut penser qu’il fut aimé. Au cœur de cette étonnante liste, cinq d’entre elles affirment avoir eu un enfant de lui. Vauban demande à un certain Friand de les rechercher (la fidélité en amour  ne devant pas être une de qualités premières…). Il lui enjoint l’ordre de leur donner deux mille livres à chacune. Mais le Morvandiau prend soin de préciser que si l’enfant  que la dame prétend avoir eu de lui est décédé, il conviendra de ne lui verser aucune somme.

Les tribulations du cœur

Et les hasards  du destin étant souvent des plus pittoresques, les affaires du cœur de Vauban ne sont pas terminées. Par humilité chrétienne, l’homme qui avait tant aimé les femmes – toutes les femmes excepté la sienne -  avait formulé le souhait que son cœur soit enseveli sous les marches de l’autel de l’église  Bazoches afin qu’il soit foulé par les pieds de l’officiant chaque fois qu’il célébrerait le saint office. La pénitence dura un siècle. Puis Napoléon ordonna de placer le cœur du maréchal  en l’église des Invalides à Paris. Le sous-préfet d’Avallon se rendit donc à l’église de Bazoches, fit le nécessaire, confia le cœur de Vauban au gendarme qui l’accompagnait. Lequel gendarme plaça le cœur, enfermé dans une boîte de plomb dans les fontes de sa selle avant d’aller déjeuner. Son repas avalé… le brigadier constate que le cœur du maréchal a disparu ; On s’alarme, on le recherche. Il était tombé au château de Bazoches, dans une mangeoire de l’écurie. Soulagé et véloce, le brigadier récupéra le cœur de Vauban, le remit au sous-préfet qui le remit au délégué du ministre de la guerre.     

 

 

Vauban, l’homme illustre du Grand Siècle

Cette anecdote impertinente ne doit pas faire oublier que Vauban fut un homme exceptionnel : soldat courageux, ingénieur talentueux, administrateur remarquable, il convient d’admirer son  bilan des plus considérables. Il a dirigé cinquante-trois sièges, édifié trente-trois places-fortes et  restauré trois-cents. Son œuvre conjugue la stratégie et l’architecture militaires, la réforme économique et sociale de la France de Louis XIV.  Urbaniste, agronome, cartographe, spécialiste des poudres, des ponts et chaussées, statisticien,  il a une ambition : défendre l’intérêt public contre les privilèges des puissants. Par un décret de Napoléon III, Saint-Léger-de-Foucherets est devenu Saint-Léger-Vauban  pour rendre hommage à celui qui fut aussi écrivain.