L’ombre de Lamartine

Marie, orpheline brionnaise élevée par son grand-père, est intriguée : il lui a dit de ne jamais prononcer certains mots, dont le mot « château ». Grand-Père m’a désigné le château campé sur la plus haute des collines, et m’a dit : - Tu vois, c’est le château de tes ancêtres ; c’est là que tu devrais vivre. Il a soupiré : - Quand je pense qu’après ma mort, au lieu d’être châtelaine, tu finiras sans doute tes jours dans une pauvre locaterie en pansant deux vaches, trois chèvres, quatre poules et six lapins ! Enfin, tu sais cueillir les herbes sauvages, tu fais très bien la soupe d’orties, et au printemps tu ramasseras des pissenlits, ça te donnera de l’énergie ! Quand tu seras vieille, tu iras glaner des raisins après les vendanges et tu ramasseras du bois mort pour te chauffer l’hiver ! J’ai contemplé le château. Il m’est familier depuis que je suis au monde. Grand-Père a continué son monologue : [...] Elle a abandonné ce premier projet et choisi de soutenir sa thèse sur Lamartine. Elle est revenue à Semur pour les grandes vacances. La baronne était conquise. Elle l’a installée dans la bibliothèque du château afin qu’elle puisse travailler sur les manuscrits de Lamartine. A dire vrai, j’avais beau me concentrer, je ne voyais pas du tout en quoi l’existence de cet écrivain mort en 1869, me concernait. Alors, j’ai reposé la question, d’une voix douce : - Oui, Grand-Père, mais pourquoi moi, je ne dois jamais prononcer le mot « château » ?